- Architecture 'fondée sur le temps'
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Architecture 'fondée sur le temps' à Mildam (Pays-Bas).
L'Éco-cathédrale de Louis le Roy (± 1970 - 3000).
Il y a toutes les chances que le visiteur aperçoive, entre les monceaux de briques, l'architecte de ces murailles.Pour qui s'attend à trouver un 'joli coin de nature', dans le style des jardins des magazines de luxe, la visite de l'Éco-cathédrale est une expérience démystifiante. Pour le visiteur qui s'y aventure, il n'y a pas grand-chose à voir, à première vue, si ce n'est un petit bois non entretenu, complété par une décharge de matériaux de démolition. C'est seulement après une inspection plus poussée des lieux, qu'il découvrira ce que cache cette apparence, une jungle traversée par des sentiers. Cachées entre les arbres, les buissons et les plantes, apparaissent des constructions empilées, en grandes parties envahies par la végétation naturelle. Plus on s'y enfonce, plus on a l'impression d'être un explorateur tombé sur les vestiges d'une ancienne culture, telle celle des Mayas. Mais certaines constructions, près de la décharge, sont singulièrement nouvelles, cette culture n'ayant apparemment pas encore disparu. Il y a toutes les chances que le visiteur aperçoive, entre les monceaux de briques, l'architecte de ces murailles. Chaque jour, sauf s'il pleut ou s'il neige, Louis Le Roy ordonne ce chaos, triant, traînant, roulant ou jetant, et empilant en constructions, des tas de dalles, briques, bordures de trottoir, petits puits absorbants, et toutes sortes de pierraille provenant de la démolition de routes. Aussitôt ces empilements délaissés, la nature s'en empare, Le Roy étant déjà occupé plus loin à ordonner un nouveau tas de débris.
Les structures complexes de ces constructions sont d'une beauté particulière, les briques n'étant pas empilées n'importe comment. Les formes sont déterminées essentiellement par le fait que Le Roy n'utilise pas de ciment, l'ensemble devant se tenir debout par le seul effet de la pesanteur. Cela explique la dominance de murs épais et massifs, et de constructions en gradins, à section décroissante, dont la structure est influencée par les matériaux utilisés… en majorité de petits éléments rectangulaires, tels que briques et dalles. Le Roy a acquis, au fil des années, une grande habileté à créer des motifs complexes à l'aide de petits éléments, développant une seconde nature. Sur la table de son atelier, à Mildam, des matériaux hétéroclites, tels clous rouillés, briquettes, petites bouteilles, et autres bric-à-brac trouvés entre les briques, forment une magnifique composition chaotique. Dans sa maison, à Oranjewoud, tous les rebords et plans de fenêtres sont bondés d'empilements tout aussi complexes de verreries colorées, provenant de marchés aux puces.
En outre, les empilements ont une fonction écologique, des plantes pouvant y pousser dans les rainures et les joints. Les briques entassées retiennent longtemps l'eau de pluie, jouant ainsi un rôle dans le régime hydraulique.'Time-based Architecture' … si cela existe, alors l'Éco-cathédrale en est le seul exemple concret aux Pays-Bas.Les notions de beauté ou de laideur, ne s'appliquent pas à la jungle à la fois naturelle et culturelle de ce projet d'Éco-cathédrale. À mes yeux, s'il est exceptionnel, ce n'est pas non plus du fait de sa valeur écologique évidente, ce qui rend inutile la description de l'Éco-cathédrale telle qu'elle. Elle n'est ni un parc, ni un système spatial conçu avec des éléments naturels et artificiels, mais bien un processus en cours, dans le temps et l'espace, que l'on ne peut décrire qu'en relatant ce qui s'y passe. L'Éco-cathédrale, comme résultat d'un changement permanent, ne connaît pas 'd'état idéal', ni de moment où elle sera 'terminée', le but n'étant pas de réaliser un objet fini. 'Time-based Architecture' … si cela existe, alors l'Éco-cathédrale en est le seul exemple concret aux Pays-Bas.Étant donné que l'Éco-cathédrale a été conçue essentiellement comme un processus dans le temps et l'espace, le projet est 'plus naturel' qu'un jardin ou un parc traditionnels. Cependant, ce serait une erreur de le considérer comme un véritable espace naturel ou sauvage. En tant qu'écosystème, l'Éco-cathédrale est artificielle en ce sens qu'elle a été inventée et mise en route par un homme. Sans son créateur infatigable, et sans le hasard de la nature, elle n'existerait pas, en tout cas pas dans son état actuel. L'Éco-cathédrale est un processus dans lequel l'apport de l'homme et celui de la nature, se maintiennent en équilibre ; autrement dit, où la différence entre culture et nature a disparu . Elle n'est pas non plus une forme 'd'architecture naïve', comme le Palais Idéal du facteur français Cheval, à Hauterives, projet auquel Louis Le Roy porte par ailleurs une grande admiration. La persévérance de Cheval, dans sa façon d'empiler des briques pendant des dizaines d'années, et son utilisation de 'libre énergie créatrice', sont comparables à celles de Le Roy. Mais Cheval donna forme à ses rêves, tandis que Le Roy œuvre à un projet bien médité, reposant sur une solide base théorique et philosophique. Le Palais Idéal est pour Cheval le but à atteindre, l'Éco-cathédrale étant plutôt, pour Le Roy, un moyen de confronter sa théorie à la pratique.
Le Roy développa sa théorie à partir de la pratique, avant même de commencer à écrire sur ce sujet.Louis Guillaume Le Roy (1924) eut une formation d'artiste plasticien, son œuvre (y compris l'Éco-cathédrale) devant être considérée dans cette optique. D'une manière comparable à Constant, qui passa de la peinture à l'architecture et l'urbanisme, en réalisant son projet Nouvelle Babylone, Le Roy se lança, à la fin des années soixante, dans des disciplines spatiales, par sa réflexion sur l'ordonnancement complexe et les processus naturels. Bien que Le Roy opère dans le contexte de la nature, et que la ville soit le point de départ de Constant, Le Roy partage la conviction de Constant, que les puissances créatrices de l'homme sont illimitées, celles-ci pouvant se libérer dans une interaction avec l'environnement. Tous deux sont à la recherche de la liberté créatrice et de l'interaction entre l'homme (jouant) et son environnement, dans des systèmes dynamiques et complexes, ne connaissant pas de forme fixe, ni début ni fin, ni dans le sens spatial, ni dans le sens temporel. Leurs points de départ communs sont frappants, malgré la différence entre les structures spatiales artificielles de Constant, et l'environnement naturel de Le Roy. Une autre différence, non dénuée d'importance, est que Constant estimait qu'une 'société sans travail' était nécessaire. Dans son essence, la Nouvelle Babylone est une utopie, soulevant la question de savoir si l'auteur de ce projet ne pensa jamais assister à sa réalisation concrète. Le Roy développa sa théorie à partir de la pratique, avant même de commencer à écrire sur ce sujet. Cela ne se fit pas en une, mais en plusieurs fois, à différents endroits et dans différentes conditions, pas toujours avec le même succès, ceci étant inhérent à l'expérience.En 1973, paraît le livre de Le Roy, Natuur uitschakelen natuur inschakelen . Cet ouvrage expose les principes du 'jardinage sauvage', essentiellement les principes écologiques, Le Roy critiquant la pratique courante du jardinage, avec ses pelouses rasées, ses parterres de fleurs rectangulaires, ses plantations et rangées d'arbres parfaitement alignées, entretenues en permanence. En fait, cette pratique monotone va à l'encontre de la nature, puisque c'est justement en faisant moins, en planifiant moins, qu'on obtient un système plus riche et plus complexe, apte à subsister sans 'entretien'. Les années suivantes, Le Roy écrivit une série d'articles dans le magazine mensuel Plan, y indiquant plus explicitement ce que cela implique, à plus grande échelle, pour les disciplines spatiales . Dans un article de plus de trente pages, intitulé 'Onze spectaculaire samenleving'(Notre société spectaculaire), il expose les fondements de sa philosophie, à l'aide d'une accablante critique de la Ville Nouvelle 'Grigny, La Grande Borne' (1967 - 1971), d'Emille Aillaud, à Paris. En dépit des nombreux tableaux de carreaux de faïence 'culturels' et des objets artistiques dont la ville est parsemée, Le Roy considère ce fleuron de l'urbanisme du début des années soixante-dix comme un désert culturel monotone, y voyant une ville morte, hors du temps, où la participation des habitants est indésirable, voire même interdite.
Si le potentiel créatif de l'homme est ignoré, s'il est considéré comme une partie passive d'un système mécanisé, sa vie devient impossible.A ses yeux, un tel projet est voué à l'échec, ce qui fut confirmé par la suite . Dans son article, Le Roy se base sur l'Évolution Créatrice, de Henri Bergson et sur la critique de la société de Guy Debord (La Société du Spectacle) , ainsi que sur l'Internationale situationniste, mouvement artistique radical auquel adhéra Constant pendant une courte période. Dans les conceptions de Bergson, l'homme est le centre actif d'un processus d'évolution créatrice, les notions de temps et d'espace étant fondamentales. Le temps est considéré comme le support de (l'essence de) la vie. Le changement, le processus continuel de la re-création de l'espace, est inhérent à une existence consciente et active. Si le potentiel créatif de l'homme est ignoré, s'il est considéré comme une partie passive d'un système mécanisé, sa vie devient impossible. Cinquante ans plus tard, Debord formula cette théorie d'une manière plus incisive et plus radicale, partageant, dans sa critique de la 'société du spectacle' consommatrice (d'images), la nécessité de libérer le potentiel créatif.Pour Le Roy, trois notions empruntées à Bergson sont importantes : la terre en tant qu'héritage, le temps comme continuum, et l'engagement. Sans la libre disposition de l'espace physique, la vie ne peut se développer. La société du spectacle, comme propriétaire de la grande majorité de notre patrimoine, la terre, est peut-être disposée à accepter quelques petites corrections de limites, mais elle est toujours sur la défensive lorsqu'il s'agit d'empiéter sur 'son' domaine.
Toujours est-il que Le Roy a vu se confirmer ce point de vue à plusieurs occasions dans la pratique. Le temps est essentiel également, des actions instantanées ou des 'spectacles', pouvant libérer un potentiel créatif pour un moment, certes, mais en fin de compte, ces actions devront s'effectuer dans un processus, dans un continuum de temps, pour que se réalise une véritable évolution créatrice. Finalement, l'engagement, ou la mise en œuvre de 'libre énergie' et du potentiel créatif de l'homme, est tout aussi important.Le premier jardin sauvage de Le Roy fut créé autour de sa maison, à Oranjewoud. Son projet suivant fut aussitôt établi à une échelle beaucoup plus grande. Vers 1970, Le Roy obtint de la commune de Heerenveen qu'elle lui confiât l'aménagement de la bande centrale du Kennedylaan, d'une superficie d'un hectare et demi, un kilomètre de long et 15 mètres de large. Avec l'aide des habitants des environs, Le Roy a transformé cette bande, qui devait normalement être recouverte d'une monoculture de plantes de couverture, en un jardin sauvage d'une riche variété, se développant, au fil des ans, en véritable espace boisé.
La seule proscription est de ne rien ranger, la nature et les hommes devant pouvoir faire ce qu'ils veulent.Les ingrédients sont d'une grande simplicité et faciles à copier : Prenez n'importe quelle steppe cultivée, faites-y décharger une grande quantité de débris de démolition, puis organisez un groupe de résidents intéressés, allez tous creuser, empiler, et surtout dans la première phase du projet, semer et planter à tout hasard. Dites-vous que le projet ne sera jamais terminé, continuez à construire, à investir de l'énergie créatrice dans le projet, et vous verrez bientôt que la nature participera, faisant apparaître un système toujours plus complexe. La seule proscription est de ne rien ranger, la nature et les hommes devant pouvoir faire ce qu'ils veulent. Le projet du Kennedylaan fut un succès, en dépit du fait que la commune en eut assez après quelques années, consolidant plus ou moins les développements, et passant outre à l'intention de Le Roy, d'y œuvrer pendant trente ans. Néanmoins, le projet fit couler beaucoup d'encre dans des revues internationales, Le Roy devenant célèbre. À partir de là, il fut sollicité par différentes communes, pour mettre en place des projets similaires. À la différence de l'expérience de Heerenveen, la plupart de ces projets échouèrent, principalement parce que les gens pensaient pouvoir réaliser la même croissance spontanée à un rythme accéléré, alors que Le Roy exigeait une durée du projet d'au moins vingt à trente ans. Il obtint tout ce qu'il demandait, la terre, les gens, l'argent,… sauf le temps.Dans les années soixante-dix, Le Roy collabora avec Lucien Kroll et plusieurs étudiants, à un projet dans le quartier universitaire de Bruxelles, Woluwé-Saint Lambert, qui fut rasé sous la surveillance de la police . On lui demanda d'aménager des espaces verts publics, avec la participation des habitants de la banlieue de Cergy-Pontoise. On le renvoya lorsqu'on s'aperçut que le projet n'impliquait pas uniquement des plantes, mais aussi des personnes . Des villes allemandes comme Brême, Hambourg, Odenbourg et Cassel, revinrent vite, elles aussi, de leur enthousiasme initial, non parce que les projets s'étaient avérés impossibles à réaliser, ou trop coûteux (il n'existe pas de manière meilleure marché de développer des espaces verts), ni à cause d'un manque de participation des habitants, mais du fait que les pouvoirs publics voulaient garder le contrôle du projet, exigeant de ranger de temps à autre, pour éviter que ne s'instaurent le chaos et la pagaille. Il ne faut pas s'étonner que Le Roy ait pris, au fil des années, l'administration en aversion. Ce qui le froissa le plus, c'est l'arrêt du projet de Lewenborg, un quartier de Groningue, où les habitants purent, sous la supervision de Le Roy, sur un terrain central affecté à l'aménagement d'espaces verts, 'laisser libre cours à leur créativité, au-delà de la limite cadastrale de leur territoire, et contribuer concrètement au développement du domaine public'. Ce projet fut un succès, et dix ans plus tard, le développement de cette zone battait son plein. Les limites entre les domaines public et privé étaient en effet bien effacées, ce qui n'était apparemment pas prévu, et l'on mit fin à ce libre état informel. D'après Le Roy, les systèmes politiques actuels ne permettront jamais qu'on donne vraiment carte blanche 'au potentiel créatif dans l'espace et le temps'.
Selon le philosophe et biologiste français, François Jacob, plus un organisme est complexe, plus il est libre.Le Roy démarra la réalisation de l'Éco-cathédrale, dans des conditions optimales, sur son propre terrain, ayant tout son temps et s'y engageant personnellement. Il commença par construire son propre atelier sur la maigre parcelle monoculturale, semant et plantant au hasard. Au bout d'un certain temps, apparut 'automatiquement' une verdure plus riche. À l'occasion de la démolition d'une prison, à Heerenveen, Le Roy fit décharger les décombres sur son terrain, ce qui bouleversa sa structure d'une manière drastique. À partir de là, Le Roy commença, empilant et construisant, à participer lui-même activement au processus évolutionnaire, ce qu'il fait maintenant depuis plus de trente ans. Des camions déversent régulièrement des tas de briques sur son terrain, perturbant la structure qui s'était créée. Il ordonne sans relâche les masses pierreuses, la nature prend le relais, et lui continuant à empiler. Le Roy voit un rapport entre la théorie du chaos et la complexité croissante de ce processus à la fois naturel et culturel. Il cite souvent les idées du prix Nobel belge, Llya Prigogine, qui associe les systèmes dynamiques complexes et le facteur temps, la complexité étant importante pour le maintien de systèmes dynamiques. C'est la complexité, non la simplicité, qui est la caractéristique du vrai (et du naturel). Selon le philosophe et biologiste français, François Jacob, plus un organisme est complexe, plus il est libre. Les systèmes dynamiques et complexes sont sujets à des fluctuations entre des moments de relatives organisation et régularité, et des intervalles de chaos et d'irrégularité. Dans ce processus, des organisations existantes, temporairement stables, sont transformées en nouvelles organisations suite à des perturbations systématiques. Pendant ce processus, se développe toujours, au fil du temps, un nouveau système dynamique et complexe, qui est stable tout en étant sujet à un changement permanent. L'Éco-cathédrale est un très bon exemple concret de cet état apparemment paradoxal.Lorsqu'il décida de déployer son potentiel de créativité et sa 'libre énergie' pour travailler, avec la nature, à l'Éco-cathédrale, Le Roy se posa la question de savoir, s'inspirant de Prigogine, " Que peut accomplir un seul homme dans le temps et l'espace ? ". Depuis, 1500 camions ont déversé 15000 tonnes de matériaux, qui ont 'disparu' dans la structure chaotique créée sur quatre hectares de terre. Il a maintenant modifié ses limites de temps, créant une fondation pour assurer la continuation du processus entamé, jusqu'à l'année 3000. La manière dont se relayent l'engagement, la nourriture avec de l'énergie libre, et l'interaction entre la nature et les hommes, sera documentée en détail, pour répondre à la question de Prigogine : " De quoi la nature est-elle capable ? De quoi un organisme vivant est-il capable ? De quoi les hommes sont-ils capables ? ".
Dans ses textes, Le Roy a toujours assorti sa théorie d'une critique rigoureuse de la pratique contemporaine de l'urbanisme. Dans sa forme actuelle, la ville contemporaine constitue un écosystème inférieur. Sur la table de dessin, la complexité de la vie est délibérément extraite de la ville, pour faire place à des systèmes monotones d'un niveau inférieur, ne laissant pas de place à l'expression personnelle. Le Roy nourrit peu d'illusions relativement à la possibilité de démarrer des projets comparables à l'Éco-cathédrale dans les grandes villes. Néanmoins, il ne cesse d'insister sur la nécessité d'injecter la monoculture de la ville avec des projets libres, laissant libre cours au temps et donnant aux hommes la possibilité de mettre en œuvre leur potentiel créatif. Selon Le Roy, un pour cent du territoire de la zone urbaine, et une participation de un pour cent des habitants, devraient largement suffire au départ. Il interdit l'intervention d'un concepteur, au sens traditionnel du terme, estimant que les systèmes auto-adaptatifs, plus complexes, fournissent une organisation d'une qualité plus élevée que les systèmes 'conçus'.
Les systèmes sociopolitiques actuels ne permettent pratiquement pas de tels développements libres dans l'espace et le temps. C'est à se demander dans quelle mesure il faut prendre au sérieux l'appel actuel à davantage de liberté individuelle, auquel adhèrent si aisément les promoteurs immobiliers et les pouvoirs publics. Si cette liberté était réellement prise au sérieux, cela impliquerait d'octroyer des terres, de laisser faire le temps, de respecter la participation, et d'autoriser le chaos, mais il n'y a pas d'argent à gagner avec cette liberté. Les craintes de Le Roy s'avèrent fondées ; cette liberté ne sera pas admise sans coup férir par le système politique existant.
Pour l'heure, les conceptions de l'architecte Carel Weeber [moins d'intervention des pouvoirs publics et davantage de liberté pour les consommateurs pour construire leur propre maison], sont beaucoup plus dociles que la notion de 'jardin sauvage' de Le Roy, la promesse de 'liberté de choix, d'architecture de consommateur, etc.', apparaissant au plus comme le dernier masque d'une 'société de spectacle' axée sur la consommation passive. Si la liberté est le véritable but, elle doit alors, selon toute probabilité, être conquise 'd'en bas' par les intéressés eux-mêmes.
La spontanéité, l'intuition et la libre expression, ne se planifient pas, et surtout, ne se calculent pas.La question de savoir si, dans notre actuelle société privatisée, les hommes désirent encore une telle liberté, impliquant la participation, l'expression collective et/ou individuelle, comme c'était le cas il y a trente ans, demeure une question hypothétique, tant que les possibilités ne sont pas créées à cet effet. La spontanéité, l'intuition et la libre expression, ne se planifient pas, et surtout, ne se calculent pas. Il existe une seule manière de le savoir ; c'est de le mettre en pratique. Donnez des terres, du temps et de l'espace, et laissez les processus suivre leur cours. Des connaissances sur le déroulement de ces systèmes et processus complexes de petite envergure, on pourrait peut-être apprendre quelque chose, qui pourrait s'appliquer à une plus grande échelle de l'aménagement du territoire. C'est précisément à cette échelle de modèle, toujours dominée par des technocrates pensant méthodiquement, que l'on ressent le plus fortement les limitations de la manière de penser, en systèmes délibérément gardés simples, la suppression du facteur temps, et la méfiance à l'égard des systèmes auto-adaptatifs. Parler de villes et de systèmes réseau, de ministères du Temps, et d'urbanisme 4D, c'est une chose, les réaliser est autre chose. Il n'y a pas lieu d'être optimiste sur la réalisation d'une telle planification urbaine, libre et fondée sur le temps. Je ne vois pas comment toute cette machinerie pourrait, tout simplement, changer radicalement d'orientation. S'ils sont sérieux, au RPD [service national pour l'aménagement du territoire], il faudrait d'abord qu'ils aillent voir à Mildam, et qu'au lieu de regarder les fleurs et les plantes, ou les constructions, ils s'intéressent aux processus et aux systèmes. Mais il faut prendre le temps de le faire ; une petite excursion dans l'après-midi ne suffisant pas !Cet article de Piet Vollaard est paru sous le titre 'Time-based Architecture in Mildam', dans Oase, Tijdschrift voor architecture 2001, nº 57.
Traduit du néerlandais par Chantal van Arendonk-Bourgeois





